Training

vLamax : le deuxième pilier du phénotype métabolique de l'athlète

Le VO2max te dit quelle est la taille du moteur aérobie. La vLamax te dit à quel régime tourne le moteur glycolytique, et elle explique pourquoi un athlète brûle vite ses glucides et sprinte bien, tandis qu'un autre tient une allure élevée pendant des heures. Voici ce qu'elle signifie, comment tu l'entraînes et comment tu la mesures.

Reinout Van Schuylenbergh

Reinout Van Schuylenbergh

PhD, scientifique du sport et entraîneur d'endurance · Publié 30 October 2026

vLamax : le deuxième pilier du phénotype métabolique de l'athlète

Depuis plus d’un siècle, la consommation maximale d’oxygène (VO2max) sert de référence pour mesurer la capacité oxydative de l’être humain. Pourtant, l’identité physiologique d’un athlète dépend de trois voies métaboliques, et pas d’une seule : la phosphorylation oxydative, la dégradation de la phosphocréatine et la glycolyse.

Là où le VO2max définit la puissance aérobie maximale, la vLamax quantifie la puissance glycolytique et le flux de glucides. Dans cet article, nous nous concentrons sur trois grandes questions :

  • Pourquoi s’intéresser à la vLamax ?
  • Comment augmenter ou diminuer la vLamax ?
  • Comment mesurer la vLamax ?

Allons-y.

Pourquoi s’intéresser à la vLamax ?

En bref, parce que la vLamax te donne une image plus complète du profil physiologique de l’athlète. C’est une information unique qui éclaire :

  • Pourquoi certains athlètes utilisent plus de glucides à l’effort que d’autres
  • Pourquoi certains athlètes ont une vitesse de plus pour les sprints et les accélérations
  • Pourquoi certains athlètes tiennent un pourcentage élevé de leur VO2max pendant des heures, alors que d’autres craquent en quelques minutes

Mais comment cela fonctionne-t-il ? Une vLamax élevée est-elle toujours un avantage pour la performance ?

Sans plonger dans les profondeurs du métabolisme musculaire, il est important de comprendre que nos voies métaboliques fonctionnent de manière synchronisée. On le voit sur le graphique ci-dessous, qui montre la production de lactate (courbe rouge, le résultat de la glycolyse) et l’oxydation du lactate (courbe bleue, le résultat du métabolisme aérobie) en fonction de l’intensité de l’effort (axe X). Quand l’intensité augmente, les systèmes énergétiques deviennent plus actifs. C’est logique : à haute intensité, il faut plus d’énergie, et il faut la produire tout de suite. Il est important de noter que la glycolyse ne se comporte pas comme le métabolisme aérobie : la glycolyse monte de façon exponentielle, alors que le métabolisme aérobie suit plutôt une trajectoire (quasi) linéaire (Mader, 1984, 1999, 2003). Là où les deux courbes se croisent se trouve l’intensité d’effort à laquelle la production de lactate égale l’oxydation du lactate. C’est ce qu’on appelle l’état stable maximal de lactate (MLSS, aussi appelé seuil anaérobie). Sous le MLSS, la production de lactate reste relativement basse et le métabolisme aérobie arrive à oxyder ce lactate. Au-dessus du MLSS, le lactate est produit rapidement et sature le métabolisme aérobie. On parle alors d’efforts « non stables », car tous les paramètres physiologiques évoluent vers des valeurs extrêmes et la fatigue s’installe vite.

Graphique de la production de lactate et de l’oxydation maximale du lactate en fonction de la puissance en watts

Figure 1 : Production de lactate (glycolyse) et oxydation du lactate (métabolisme aérobie).

Les athlètes avec une vLamax élevée ont une courbe de « production de lactate » plus raide. Ils utilisent donc leurs glucides plus vite et ont un MLSS plus bas (le point de croisement se déplace vers la gauche), à un %VO2max plus bas. Mais une vLamax élevée signifie aussi un système glycolytique puissant, qui permet de produire de l’énergie rapidement : parfait pour les sprints et les accélérations.

C’est l’inverse pour les athlètes avec une vLamax basse : moins d’utilisation de glucides, moins de production de lactate, un MLSS plus haut… et moins de puissance au sprint.

Le tableau 1 reprend quelques valeurs typiques de vLamax.

Population sportive Valeurs de référence typiques de vLamax (mmol/l/s)
Course de demi-fond 0,5-0,7
Cyclisme sur route, classiques d’un jour 0,5-0,7
Cyclisme sur route, classement général des grands tours 0,3-0,4
Cyclisme sur piste, sprint 0,8-1,0
Triathlon longue distance 0,2-0,3

Tableau 1 : Valeurs typiques de vLamax (mmol/l/s) dans différentes populations sportives. Valeurs pour des athlètes masculins. Les athlètes féminines ont en général des valeurs un peu plus basses.

Comment augmenter ou diminuer la vLamax ?

À ma connaissance, une seule étude publiée a examiné l’effet de l’entraînement d’endurance (ET) et de l’entraînement fractionné en sprint (SIT) sur la vLamax (Hommel et al., 2019). Trente participants ont été répartis au hasard entre le groupe SIT, le groupe ET et un groupe contrôle (n = 10 chacun). Chaque séance comprenait quatre à six répétitions de tests anaérobies de Wingate de 30 s à fond (SIT) ou 60 min de vélo à 1,5 à 2,5 mmol/L de lactate sanguin (ET). Les deux groupes s’entraînaient trois jours par semaine, pendant six semaines.

Les résultats de cette étude ont de quoi surprendre : dans le groupe SIT, la vLamax a baissé et le VO2max et le MLSS ont augmenté, alors que dans le groupe ET, le VO2max et le MLSS ont augmenté sans effet sur la vLamax. Le SIT n’a donc pas fait monter la vLamax. Une explication possible est que les sprints étaient trop longs et les récupérations trop courtes pour créer un stimulus spécifique pour le système énergétique glycolytique. La part d’énergie fournie par le métabolisme aérobie augmente en effet avec la durée du sprint et avec une récupération incomplète entre les efforts. Le SIT s’est révélé être un stimulus aérobie efficace, mais inefficace pour améliorer la vLamax.

Bien sûr, nous devons rester prudents avant de tirer des conclusions générales d’une seule étude. Il faut davantage de recherche pour mieux comprendre quel type d’effort peut influencer la vLamax et quels mécanismes se cachent derrière les adaptations observées.

Malgré le manque de preuves scientifiques, le monde du coaching a accumulé une certaine expérience. Évidemment, il faut la prendre avec des pincettes. La réponse à l’entraînement peut aussi varier selon la vLamax de départ de l’athlète. Les athlètes avec une vLamax élevée ont peut-être besoin de stimuli très spécifiques pour l’augmenter encore (voir les résultats de l’étude de Hommel et ses collègues), alors que les athlètes avec une vLamax basse reçoivent déjà un stimulus glycolytique significatif à des intensités bien plus faibles.

J’ai résumé tout cela dans le tableau 2.

Entraînement pour augmenter la vLamax Entraînement pour diminuer la vLamax
Sprints courts (10-15 s), longues récupérations (5-15 min) Gros volume à intensité modérée
Musculation, 10-20 répétitions par série Entraînement sweetspot
Entraînement au MLSS
Entraînement à basse cadence

Tableau 2 : Méthodes d’entraînement pour augmenter ou diminuer la vLamax, d’après l’expérience du monde du coaching.

Comment mesurer la vLamax ?

Même si elle est de plus en plus présente dans le coaching de performance moderne, il n’existe pas encore de consensus scientifique ni d’étalon or sur la manière de tester la vLamax. L’approche la plus courante consiste sans doute à déterminer la vLamax à partir de la hausse de la concentration de lactate sanguin sur la durée du sprint. Cette approche vient des travaux scientifiques de Sebastian Weber, avec des conditions de test très spécifiques, comme les réglages de l’ergomètre (Weber, 2003).

vLamax = (Lamax − Larest) / (texercise − talactic)

Le test classique de la vLamax à partir de sprints souffre de défauts méthodologiques, de surcorrections mathématiques et de confusions conceptuelles (Wackerhage et al., 2025). Les auteurs relèvent six défauts méthodologiques fondamentaux, comme la difficulté d’évaluer la part d’énergie fournie par les voies des phosphagènes et oxydative, qui rendent pratiquement impossible la mesure de la vraie glycolyse maximale chez l’humain à partir de sprints. Pour obtenir un ordre de grandeur de la vLamax de l’athlète, l’approche par sprints reste toutefois utilisable.

Pour contourner ces difficultés méthodologiques des tests de sprint et obtenir une vLamax plus précise, une entreprise suisse a développé un modèle mathématique qui dérive la vLamax d’efforts sous-maximaux. En l’absence d’étalon or, leur approche mathématique n’a pas encore été validée dans une comparaison directe. Mais de plus en plus d’études de cas (Ohr & Lindschulten, 2023; Robberechts et al., 2023, 2024; Van Schuylenbergh, 2024) et d’études de validation utilisant leur modèle mathématique paraissent dans des revues scientifiques (Podlogar et al., 2022; Poffé et al., 2024; Van Schuylenbergh et al., 2026). On peut y voir une validation indirecte des calculs.

Pour conclure

La vLamax est un élément fondamental du profil physiologique de l’athlète. Elle donne une vision plus fine de son métabolisme et de sa performance physiologique. On peut mesurer la vLamax avec des sprints, pour obtenir un ordre de grandeur, ou avec des modèles mathématiques spécifiques. Aujourd’hui, nous pouvons nous appuyer sur l’expérience du monde du coaching pour concevoir des programmes d’entraînement spécifiques qui optimisent la vLamax. Il faut davantage de recherche pour préciser quel type d’entraînement crée les stimuli spécifiques qui augmentent ou diminuent la vLamax.

Références

  • Hommel, J., Öhmichen, S., Rudolph, U. M., Hauser, T., & Schulz, H. (2019). Effects of six-week sprint interval or endurance training on calculated power in maximal lactate steady state. Biology of Sport, 36(1), 47-54. https://doi.org/10.5114/biolsport.2018.78906
  • Mader, A. (1984). Eine Theorie zur Berechnung der Dynamik und des steady state von Phosphorylierungszustand und Stoffwechselaktivitaet der Muskelzelle als Folge des Energiebedarfs. Deutsche Sporthochschule Köln. BISp.
  • Mader, A. (1999). Anaerobic threshold (AT) as determined by VO2max and vLamax of the working muscle mass of the human body: an update of the theoretical concept. 14.
  • Mader, A. (2003). Glycolysis and oxidative phosphorylation as a function of cytosolic phosphorylation state and power output of the muscle cell. European Journal of Applied Physiology, 88(4), 317-338. https://doi.org/10.1007/s00421-002-0676-3
  • Ohr, C., & Lindschulten, R. (2023). Load intensity determination in long-distance triathlon with INSCYD athletic performance software. Sport Performance & Science Reports, 196. https://sportperfsci.com/load-intensity-determination-in-long-distance-triathlon-with-inscyd-athletic-performance-software/
  • Podlogar, T., Cirnski, S., Bokal, Š., & Kogoj, T. (2022). Utility of INSCYD athletic performance software to determine Maximal Lactate Steady State and Maximal Oxygen Uptake in cyclists. Journal of Science and Cycling, 11(1), 30-38. https://doi.org/10.28985/1322.jsc.06
  • Poffé, C., Van Dael, K., & Van Schuylenbergh, R. (2024). INSCYD physiological performance software is valid to determine the maximal lactate steady state in male and female cyclists. Frontiers in Sports and Active Living, 6, 1376876. https://doi.org/10.3389/fspor.2024.1376876
  • Robberechts, R., Poffé, C., & Van Schuylenbergh, R. (2023). Calculated glycolytic power and substrate utilization during a world record marathon in a female runner. Sport Performance & Science Reports, 209. https://sportperfsci.com/calculated-glycolytic-power-and-substrate-utilization-during-a-world-record-marathon-in-a-female-runner/
  • Robberechts, R., Poffé, C., & Van Schuylenbergh, R. (2024). Calculation of the metabolic demands of a successful cycling world-hour record by a validated mathematical model. Sport Performance & Science Reports, 244.
  • Van Schuylenbergh, R. (2024). Can a world class junior cyclist beat a multiple Tour de France winner? Sport Performance & Science Reports, June(226).
  • Van Schuylenbergh, R., Khurshudyan, A., & Weber, S. (2026). Validity of the calculated VO2max from cycling power and vLamax. International Journal of Sports Science and Physical Education, 11(1), 1-10. https://doi.org/10.11648/j.ijsspe.20261101.11
  • Wackerhage, H., Kabasakalis, A., Seiler, S., & Heck, H. (2025). Is the vLamax for Glycolysis What the VO2max is for Oxidative Phosphorylation? Sports Medicine, 55(8), 1853-1866. https://doi.org/10.1007/s40279-025-02259-6
  • Weber, S. (2003). Calculation of performance-determining parameters of metabolic activity at the cellular level by means of cycle ergometry [Berechnung leistungsbestimmender Parameter der metabolischen Aktivität auf zellulärer Ebene mittels fahrradergometrischer Untersuchungen]. Diploma thesis, Deutsche Sporthochschule Köln.

Prêt à améliorer votre coaching ?

Commencez votre essai gratuit aujourd'hui et découvrez comment Coachbox peut vous aider, vous et vos athlètes, à atteindre de meilleurs résultats.